Regards sur des invisibles, le temps d’une expo

Le flou du premier plan. Le flou du second plan. Le flou de bougé. Le flou qui dit très nettement que le photographe travaille sans artifice, sans mise en scène, sans autre apport de lumière que celle du ciel, du lampadaire ou de l’ampoule.

Joël Peyrou est de cette race de photographes pour qui le geste simple d’appuyer sur un déclencheur relève de la difficulté d’être celui du prolongement de l’œil. Un peu fort pour quelqu’un qui s’est ingénié à photographier des invisibles… des travailleurs, maçon, postier, métallo, etc.,  indispensables acteurs du quotidien que personne ne voit vraiment et qui en la circonstance, arrivent encore à cacher une  seconde condition : celle d’être prêtre. Préférant l’instantané à la mise en scène, Joël Peyrou a patiemment pénétré le quotidien de sept prêtres ouvriers qui l’ont invité à l’accompagner sur le chemin de leur labeur et de la résistance passive à la logique patronale avec comme seules armes le rouge code du travail, la foi, la méditation, le don de soi et la quête de l’autre. Le résultat est une magnifique exposition que la commune de Burbure est honorée d’accueillir. Inaugurée hier soir en présence d’un florilège d’élus du secteur, elle sera visible du grand public dimanche de 10 h à 13 h. Car aujourd’hui, elle sera surtout prétexte à réflexion, à un moment de partage entre amis, militants, syndicalistes, prêtres ouvriers, travailleurs invisibles qui trouvent là l’occasion de se voir et se revoir, avant de repasser dès lundi derrière ce rideau devant lequel paradent les costumes-cravates, symboles de la réussite de ceux qui entreprennent, de ceux qui font beaucoup avec les bras des autres.

L’œuvre de Joël Peyrou, expliquait hier soir René Hocq, n’est pas une mise en scène mais bien un instant de vérité, de réel, d’authenticité qui s’inscrit dans l’histoire, celles des conditions sociales des travailleurs, celle des prêtres-ouvriers qui ont choisi leur camp : l’entreprise, l’atelier, le bureau, le chantier, les milieux populaires.
Ces « faiseurs » d’humanité, ces « bâtisseurs » de fraternité, de solidarité, sont dans la lutte… pour la dignité, la justice, contre la misère sociale, contre toute forme de répression, d’exclusion ».
Invisibles, ils n’attendent pas de reconnaissance. Mais est-ce une raison pour ne pas reconnaître leur travail ?

Antoine Brethomé et Jean-Louis Rouix, deux des sept prêtres concernés par le travail de Joël Peyrou commenté par l’écrivain Gérard Mordillat, sont là pour accompagner la réflexion et témoigner de leur vécu… Dans ce climat familial et généreux que sœur Pascale soulignait en conclusion, et qu’affectionnait le regretté René Déjardin vers qui bien des pensées iront encore.- Texte et photos Philippe Vincent-Chaissac

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