pourquoi la via à Burbure ?

ViaB_1314Pourquoi la via Francigena passe à Burbure ? Depuis que cet itinéraire de pèlerinage a été érigé en itinéraire culturel par l’Europe (au même titre que les chemins de Saint-Jacques) et qu’il fait l’objet d’un balisage et d’une labellisation, en cours dans sa traversée du Pas-de-Calais, la question est régulièrement posée comme si la légitimité de la commune à figurer sur la via n’était pas évidente. L’argument avancé est toujours le même : les randonneurs qui marchent sur la via suivent la chaussée Brunehaut, et certains d’insister lourdement sur le fait qu’il ne peut en être autrement, parce que c’est la voie historique. Affirmation gratuite, sans fondement objectif.
Ce que l’on sait. Sigéric, archevêque de Canterbury se rend à Rome pour recevoir le pallium des mains du pape Jean XV. Au retour, il énumère 81 étapes qui permettent d’imaginer son périple. Parmi les 81 noms mentionnés figurent : Doingt, Arras, Bruay-la-Buissière, Thérouanne, Guînes, Sombre (près de Wissant où l’on prenait le bateau pour l’Angleterre), Douvres et Canterbury.
D’Arras à Thérouanne… La chaussée Brunehaut créée par les Romains vient immédiatement à l’esprit parce qu’elle est connue de tous nos contemporains, par tous les automobilistes qui l’ont empruntée pour aller à mer, avant la création de l’autoroute. Mais c’est oublier, qu’une autre voie allant d’Arras à Thérouanne, dont l’existence est bien antérieure, était encore fréquentée à l’époque moyenâgeuse. Qui plus est cette voie, connue sous différents noms (chemin du Pire, chemin des Anglais, chemin des Poissonniers) passait par Burbure, et Labuissière localité connue pour son site de potiers gallo-romains, aujourd’hui mariée avec celle de Bruay. Il n’est donc pas improbable que pour aller de Arras à Thérouanne, Sigéric soit passé par Burbure via Bruay-la-Buissière. Comme il n’est pas plus ou moins improbable qu’il soit passé par Houdain et Divion (près de Bruay), puis Cauchy et Amettes.
Lorsque les techniciens et les responsables de la communauté Artois-Lys et de l’office de tourisme, ainsi que les randonneurs du secteur ont été mandatés pour reconnaître et baliser l’itinéraire de la via passant sur leur territoire, et dans tout le département, le souci a été de s’appuyer sur le réseau de sentiers existants, de manière à limiter le suivi, l’entretien et les frais qui vont avec ; de mettre en sécurité les randonneurs en évitant au maximum de les faire marcher sur les bords de route ; de tenir compte des hébergements existants ou à venir ; et de valoriser culturellement les territoires traversés. En Artois-Lys, et plus largement dans le pays de la Lys romane, il est apparu évident qu’il convenait d’évoquer : d’une part, le souvenir de saint Benoît-Joseph Labre, né à Amettes, mort à Rome ; d’autre part, le martyre des princes irlandais Lugle et Luglien, en route pour Rome, assassinés « dans le coin » (à Ferfay ou Hurionville selon les théories), et dont les corps ont été retrouvés, au fond de la vallée de Scyrendale, à proximité immédiate du chemin gaulois (dont l’archéologie a récemment confirmé l’existence), sur le territoire de la commune de Burbure. Corps qui ont d’ailleurs été transportés, dit l’histoire, au château d’Almer, résidence d’été des évêques de Thérouanne, situé sur le mont d’Hurionville (territoire de Burbure) où s’est développé un pèlerinage dont le son et lumière que nous connaissons aujourd’hui est une forme de prolongement.
Très sérieusement, il convient maintenant de militer pour faire connaître ce magnifique itinéraire de randonnée qu’est la via Francigena, de reconnaître l’itinéraire culturel qui doit être compris comme étant un faisceau de chemins, utilisé autrefois par les pèlerins, par tous les gens du voyage et les commerçants comme les poissonniers (leur nom apparaît régulièrement dans la toponymie (à Burbure ou Landrethun-le-Nord par exemple)… Et de considérer que l’important est l’esprit dans lequel le sentier balisé sera utilisé, en sachant qu’un topoguide sera édité dans les prochains mois. Esprit, le mot est essentiel, car croyants et incroyants qui se lancent dans un tel périple, sont en quête d’une forme de spiritualité, d’une quête de soi, d’un besoin de partage et de tolérance où toute forme d’intégrisme, religieux ou laïc, est à bannir.

Philippe Vincent-Chaissac

Notre photo : actuellement, l’itinéraire de la via dans la traversée du Pays de la Lys romane n’est pas encore balisé. Seules les flèches directionnelles ont été installées.

Une pensée sur “pourquoi la via à Burbure ?

  • juillet 19, 2009 à 3:54
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    Bonjour,
    pouvez vous me dire pourquoi l’on ne trouve rien sur Bruay en Artois,alors que bruay est cité sur la carte et dans les textes ? Je cherche le balisage du chemin de la via francegina à Bruay ? Où trouvez le renseignement ? qui peut me répondre ?
    Merci, à bientôt . A-M.V.

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    • juillet 20, 2009 à 7:00
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      Bonjour, et merci pour l’intérêt porté à ce blog. Concernant votre question : Bruay figure effectivement sur le parcours décrit par Sigéric. Et c’est donc légitimement que la ville se trouve sur l’itinéraire culturel de la Via Francigena qui est dans l’esprit de l’itinéraire de pèlerinage… L’initiative de baliser la via Francigena dans le Pas-de-Calais revient à la communauté de communes Artois-Lys qui répondait en cela à une demande italienne. Mais il n’est si facile de créer ainsi un sentier de grande randonnée. Facile à mettre en place sur le territoire Artois-Lys, le projet n’avait de sens que s’il était repris dans tout le département, et au-delà. A ce titre, l’itinéraire doit être inscrit au PDIPR, plan départemental des itinéraires de promenade et de randonnée, compétence du conseil général. Il a donc d’abord fallu effectuer un repérage des sentiers existants sur lesquels la via « culturelle » devait s’appuyer et voir où il y avait nécessité de créer de nouveaux tronçons. Après concertation de multiples partenaires, et quelques modifications notamment du côté de l’Audomarois, le tracé pour le département du Pas-de-Calais a donc été validé . Cette première étape étant terminée, le conseil général a appelé tous les conseils municipaux des communes traversées à délibérer favorablement sur la question, pour enfin considérer l’itinéraire comme définitif. Nous en sommes là. Certains territoires comme Artois-Lys ou Guînes ont pris un peu d’avance. De Estrée-Blanche à Allouagne, par exemple, piquets et flèches ont été posées, mais pas encore les balises réglementaires, comme partout ailleurs dans le département. Cela explique qu’à Bruay, la via n’est pas encore une réalité visuelle. Toutefois les choses avancent et l’on peut espérer que pour le printemps prochain, le chemin sera totalement balisé et qu’un topo-guide (Kent-Pas-de-Calais) sera édité. Précision : dans le Bruaysis, la via reprendra en partie l’itinéraire du GRP du pays minier.
      Philippe Vincent-Chaissac

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